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08/11/2013

Hölderlin se consume intérieurement petit à petit 

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Ainsi dans la pathologie d’Hölderlin il n’y a pas d’effondrement nettement marqué, il n’y a pas de ligne de démarcation tracée avec précision entre la santé et la maladie de son esprit. Hölderlin se consume intérieurement petit à petit ; la puissance du Démon ne dévore pas sa raison tout d’un coup, comme un incendie de forêt, mais comme un feu qui couve autour du bois se transformant en charbon. Une partie seulement de son être, celle qui est divine et le plus liée à la faculté poétique, résiste à l’incendie, comme l’amiante : son sens profond de la poésie survit à l’intelligence, la mélodie à la logique et le rythme à la parole : ainsi Hölderlin est peut-être le seul cas clinique où le génie poétique subsiste après le déclin de la raison et où une œuvre absolument parfaite prenne naissance au sein du néant – de même que parfois aussi dans la nature, mais très rarement, un arbre frappé par la foudre et brûlé jusque dans ses racines voit verdoyer encore longtemps une de ses branches restée intacte. Le passage d’Hôlderlin à l’état pathologique s’opère par degrés successifs ; ce n’est pas, comme chez Nietzsche, la chute soudaine d’un arbre monstrueux s’élevant jusqu’au firmament de l’esprit, mais c’est comme un émiettement pierre par pierre, une désagrégation des fondements, un glissement progressif dans une sphère sans fond, dans l’inconscient. »

Stefan Zweig, Le Combat avec le Démon : Kleist, Hölderlin, Nietzsche


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